dimanche, novembre 13, 2011

Je connais une femme au bord de la mer

Je connais une femme au bord de la mer.
Entre vœu de silence
et nœud de vipère,
comme un moindre mal
qui attend patiemment le voyageur

C'est cette femme qui j'ai choisi de sauver,
elle entre toutes,
parce que ce choix est fait de sel iodé.
Et que l'on ne peut plus sauver aujourd'hui
que ceux et celles
qui se sont déjà sauvé par eux mêmes.

La sauver parce qu'ainsi
c'est l'univers entier
qui tiendrait entre ses mains.

C'est pourtant une femme
qui a jadis chercher à être jugée.
Juchée du haut d'une branche enflammée,
elle regardait au loin
ne reconnaissant plus rien
du paysage de l'enfance,
rasée la tour Galata, pillées les semences de mai.
Ne plus rien reconnaître
mais n'en concevoir aucune amertume.

La vie sectaire
parce qu'écrire revient trop souvent
à recopier le brouillon d'une lettre froissée,
lettre que l'on a jamais envoyée à qui que ce soit.
A une femme au bord de la mer ?
Tout au loin, déjà,
toute une vie à se taire.

Parce qu'ainsi
c'est l'univers entier
qui tiendrait entre ses mains.

C'est peut être par défaut (chanson)

C'est peut être par défaut
que ma vie a été des plus ordinaires
que mes amours ont suivi un cours grégaire
que les gens que j'ai rencontré
n'avaient que des conversations
alimentaires.

Tout est resté comme en en deçà.
Comme une hésitation avant de traverser la rue,
comme le doute avant d'aborder une fille
que je n'avais jamais vu.

Tout est resté sous la coupe d'un piège.
Il n'y a pas eu d'épiphanie
sous un arbre du Parc Monceau.
Il n'y a pas eu non plus de souffle glacé
alors que j'étais nu dehors.

C'est peut être un défaut
que de regarder sa vie tout en la surplombant.
C'est peut être un défaut
de préférer le poids au sursaut.
C'est peut être un défaut
mais il n'est pas encore temps de s'en blâmer.

Impressions d'Afrique

L'armistice n'a duré qu'un temps.

J'imaginais l'univers comme un revers de main,
un soufflet asséné aux certitudes,
comme l'iceberg qui court à sa perte
avec la lumière qui ne se lasse pas de raconter
ce qui se se distingue à peine.

Quelque chose sonne faux
la viande salement apprêtée
pour une cérémonie de mariage.
Où sont mes instruments?
Quid du piano à queue?
Toute ma vie a raisonné dans l'éclatement d'une bulle de savon.

Le poids de l'eau a repris son cours.
Il n'y a pas un seul mot pour le dire.
La nuit qui me réveille,
le souvenir d'une longue et unique journée
où le soleil n'a eu cesse de chauffer à blanc,
les blancs si maladroits, les silences dans les conversations.

Le front s'est institué,
la guerre a été déclarée
au réveil nous sommes ennemis,
plus besoin de parloter,
plus d'éléphants à aller chasser.

Là où la lune s’appuie
pour que l'un de nous deux soit absent
toute la pluie a dû être tamisée.

La caresse ne viendra qu'après la noyade.

Le ciel est de nouveau à vif

Le ciel est de nouveau à vif

C’est cette angoisse qui se dessine et qui nous laisse sans voix.
Du coin de notre rue,
jusqu’à l’horizon que je te destinais.

Car il n’y a pas de douleur sans voix,
pas de vie qui ne s’achève ici.
C’est le monde qui pense pour le monde,
un tremblement a suffi à le réveiller,
un mouvement à le dénouer.

Ramassée sur elle-même,
étendue sur le sol,
elle a attendu que le soleil se lève
pour se mettre à pleurer.

Le silence de la mer

Le silence de la mer

J'ai beau eu m'y efforcer
esquiver les lignes droites,
longer les avenues fleuries
et détourner tous les avions possibles.
Rien n'a eu de cesse que de me ramener au silence de la mer.

Tu as beau essayer,
tricher avec les heures,
te soustraire aux sourires figés
et affranchir les esclaves encore debouts.
Rien n'a eu de cesse que de te ramener au silence de la mer.


Prends garde à l'ancien,
il déshéritera ta jeunesse.
Sois effrayée par le froid,
il ne te réchauffera qu'une fois sous terre.
Crains le temps de l'éclipse,
il n'aura de cesse que d'illuminer ton absence.
Toutes ces choses qui
n'ont rien à voir avec le silence de la mer.

mardi, novembre 01, 2011

Les yeux

Les yeux éblouis, comme rougis
qui se refusent à l'évidence,
à la stérilité de la situation.

Les yeux qui se perdent
sur le socle d'une statue,
la pause d'un vague César,
l'achèvement de toute une vie.

Les yeux qui engrangent
une file d'images surexposées,
une fille, une créature dérangée.

Et les yeux qui se refusent
qui ne se couchent pas le premier soir
qui se réservent pour la suite
l'achèvement de toute une nuit.

Les yeux attendus
à la porte d'une révélation,
à l'orée d'un envol d'oies sauvages.

Les yeux, les cils, le masque d'une nuit,
l'absence de sens aussi,
les yeux qui cherchent à se voir.

Le désir qui va de soi

Le désir qui va de soi

Comment m'as tu appelé ?
Daniel ?
Ne sais tu donc pas que ce prénom,
ce prénom que tu supposes être mien,
n'appartient qu'à ceux que j'ai fuit ?

Des jours et des semaines à me baisser
à ramasser les restes de ton festin
ta beauté délaissée, tes mains encore souillées
Sans effort et sans dire merci,
j'ai été béni.

Alors ce soir oublie ce prénom
ces lettres qui une fois assemblées
ressemblent plus à un rictus
qu'à une appellation désirée.

Le désir a beau être forcené,
il finit par ne plus ressembler à rien,
pas à l'image,
en tous cas,
d'un couple lové autour de son passé.

Ce Daniel n'a plus de désir.
Il ne veut plus être jugé par Dieu.
Ça va de soi.

L'enjeu

Se croire vivant
sans avoir lutté pour cela.
Éteindre le ciel
et s'en sortir gagnant.
Le jeu a assez duré comme cela
l'enjeu n'est pas de durer.

Rendre grâce à la mémoire,
ce long fil dénoué
qui mène à aujourd'hui.
Cette longue litanie,
de pleurs encouragés.
L'enjeu n'est pas de durer.

Ensevelir sa crainte et forcer le silence
car qui brise la Loi
se verra récompensé.
Et qui cherche, finira par trouver.
Et qui frappe à la porte, finira par rentrer.

L'enjeu n'est pas de durer.

Solaris

Solaris

Dans ce temps d'océans incertains,
dans cette page de réflexions biaisées,
je recherche un souvenir
non pas un parfum qui tiendrait debout,
porté par des jambes qui poussent un soupir
mais
bien, plutôt,
un souvenir que l'on tend à repriser
à chaque fois qu'il s'étend sur la table,
comme un animal qui se love,
un drap de sensations si souvent tâchées
que l'on se demande
à qui est ce sang ?
à qui appartiennent ces sanglots ?
Et la réponse n'en est que plus simple.

A cette femme qui se tenait là.
A la princesse que l'on a vite rendu à la morgue
A cette femme qui aimait la vie qu'elle aurait aimé avoir.

Dans ce temps d'océans incertains,
le bruit du ressac joue avec les souvenirs
comme l'embrun avec les algues brunes.
C'est là et ce n'est pas là,
ce parfum n'a jamais été le sien.
A qui appartient ce sang ?
A qui ces sanglots ?
Et la réponse n'en est que plus simple,
Solaris.

Ô douce lumière

Ô douce lumière, ô vilain rictus
viens m'illuminer une dernière fois
que chacun sache enfin
à qui il a affaire.

Que les femmes se détournent de moi
que les enfants embrassent la Foi
Et que l'on cesse de se souvenir de moi.

Tant d'années à ne demander que ça
qu'un long soupir s'écoule tout autour de mon nom,
tant de temps passé à attendre ce qui a déjà eu lieu.

Et aujourd'hui que la lumière se fait rare
que le souvenir se dérobe sous ma voix
que chacun pense enfin à m'oublier.

mardi, octobre 25, 2011

L’extension et la profusion

Pourtant,
A l’envie de laisser retomber la poussière
Il a préféré
Et choisis une nouvelle fois
L’Ascension en différé.

Depuis,
Il n’y a pas eu d’évolution qui vaille,
Pas à proprement parler,
Seulement l’extension,
L’extension et la profusion.

Le remède à l’extinction de toutes espèces vivantes.

Et pourtant c'est de cet abandon
qu'a surgi l'envie d'en découdre,
de détricoter le vieux tapis
et de sortir une dernière fois
accueillir les voyageurs qui se seraient perdus.

Le remords

Le remords


Ce remords
qui s’agence au hasard,
qui rompt les infrabasses,
qui grimpe dans l’église vide de joie.

Le remords,
qui vit sa propre vie,
indifférent au bon sens
et à l’agencement, impeccable,
des rues de ma ville.

Ce remords qui tend la main,
tout en sachant
que s’il la referme assez doucement
il capturera un souvenir d’aujourd’hui.

Le remords qui me suit,
chien de mauvaise lignée
qui ne fait rien de ce qu'on lui demande,
qui mord la vieille dame
qui se laisse caresser par l'affreux malfrat.

Ce remords,
qui vit sa propre vie
indifférent au bon temps
et à l’agencement, impeccable,
des femmes de ma vie.

Par bonté d'âme

Mais cette bonté d’âme
Ne repose sur rien d’autre
Que sur une simple envie,
L’envie de correspondre,
De tromper l’autre.

Je ne m’en laisserais pas raconter d’autre.

C’est par bonté d’âme que je monte sur l’échafaud
C’est par bonté d’âme que j’ai trahis les miens
C’est parce que je n’ai pas d’âme que j’arrive à être bon.

La première image

La première image qu’il m’a été donné de contempler
Etait la vision du toit d’une maison qui s’embrasait. 
C’est une combustion spontanée
Qui m’a appris à voir,
Depuis l’iris n'a fait que douter.

De la chaleur d'un havre de paix
à la fournaise des enfants sacrifiés
je ne vois rien de ce qui est donné à voir.

Des lendemains et des gorges tranchées
de la lumière qui caresse soit disant nos têtes
je ne goûte rien de ce qui est donner à goûter.

Car tel un mort, je suis repus dès le début
Car tel un vicaire, j'ai oublié toutes les symphonies
ce qui est l'évidence même à des allures d'impasses
ce qui est donné n'a pas de valeur
Car ce qui a été consommer avec la première image
ne cessera jamais de crever ma passion pour toi.

J'ai un ami qui déambule

J'ai un ami qui déambule
là bas quelque part,
je ne sais pas ce qu'il fait
même si je l'imagine occupé,
échappant au rendez vous du hasard,
traquant sans cesse le vilain cafard.

Il n'y a pas d'échappatoire pour mes amis,
où que vous alliez,
j'irais toujours vous imaginer.
Il n'y a pas de vie pour vous
en dehors du cadre,
de la photo,
du souvenir qui n'en finit pas de s'enlaidir.

Ce qui a débuté n'a pas de fin,
c'est un ami qui déambule
et un autre qui s'imagine
qu'il l'attend dans une station de train.

Il n'y a pas d'échappatoire pour mon ami,
où que tu ailles,
j'irais toujours t' imaginer.
Il n'y a pas de vie pour toi
ailleurs qu'en moi même,
de cette photo que j'ai prise de toi,
de ce souvenir qui n'en finit pas jaunir.

mardi, octobre 18, 2011

Il est si facile de pardonner

Il est si facile de pardonner,
à ceux à qui on a tout pardonné,
qu’on ne pardonne plus.

Je me souviens de certaines promesses,
Vilaines morsures de vipères,
Affreuses paroles attendrissantes,
J’ai tout gobé.

L’entreprise était de taille,
La victoire souvent ensevelie,
La garde claironnait l’aube avoisinante,
Je n’ai pas su me méfier.

Je te rends ton pardon
Bien avant qu’il n’expire,
Le remords a mordu la pomme.
Ce n’est pas ainsi que je l’avais envisagé.

Car en fin de compte,
Ce qui compte,
Ce que je compte par-dessus tout,
Ce sont les chiffres d’airain,
Le métal enlaidi, l’amitié fissurée
De toutes parts, on me l’avait dit
Je n’ai pas su écouter.

Il faut passer sans laisser d'heures.
Repartir presque avant le début.

Abdiquer lorsque le royaume est irrémédiablement joyeux.

Eden

Ce que j'ai vu dans ton reflet
ressemblait à une fenêtre close,
entourée de volets défraîchis,
à une maison qui tient à peine debout.

Cette ombre qui se porte
comme un regard sur le monde
ne m'a jamais effrayé.
A bien y regarder
j'aurais du savoir
j'aurais du me douter,
j'ai vu les liens qui se dénouaient
et je n'ai rien fait.

Mon cœur s'est arrêté de battre ce jour là.
Toute poursuite de combat était vaine
j'ai abdiqué pour le meilleur de nous même
mais personne n'a eu la force de se relever.

Ce que j'ai vu dans ton reflet
était l'assurance d'un lendemain sans douleur
anesthésié pour la plupart d'entre nous
une voix qui ne veut plus se faire entendre
un enfant qui n'est pas de toi,
qui n'est pas de moi.

Ce que je ne comprends pas
j'ai l'habitude de le travestir,
ces signes que tu semais
je les ai fait miens
à un tel point
qu'aujourd'hui,
je ne me reconnais plus.

Dans la peine

Dans la peine,
Je te rappelle,
Bonjour ma princesse.

Déliée tu ne l’es que dans l'oubli de moi.
Détachée tu ne l’es que dans ton corps détesté.

Il n’est pas de misère plus approximative que la tienne.
Vaine, car la nuit te rend encore plus grave
Blanche, car tu ne connais pas le pire.

D’un franc sourire
Je te dis, Salut L’amie.

Amour,
Compromis des corps soumis,
Amour qui sans détour
Franchit le premier pas,
Un pied en avant,
Le précipice n’en est que plus beau.

Ce que j'attends

Ce que j’attends et qui doit encore venir.

Ce que j’attendais en 1997.
Ne peut être considéré que comme un simple recouvrement de dettes.

Pas une seule âme mise en jeu,
Pas un seul instant détaché de l’égo
Comme un lien qui crée un autre lien,
Bien plus fort que le précédent
Bien moins porteur de futur.

Ce qui m’a été donné en 1997
M’a depuis longtemps été repris, soldé, vendu, oublié.

Et, sans aucun doute,
Dans une monnaie qui ne prend sens que dans une autre poche que la mienne.

Comme un inventaire qui a débuté aujourd’hui
Et qui s’achèvera au commencement,
A force de se le répéter,
Il n’y aura pas d’accalmie ce soir.

Revenir et vite repartir de 1997.
Revenir là où il n’y a rien d’autre qu’un endroit mille fois découvert.

Plus d’amour que de raison,
Plus de perte que de mal,
Il ne suffira pas de vouloir comprendre l’histoire
Qui se décline le long des sentiers de Montaud.

Il ne m’aura fallu que cinq minutes
Pour me convaincre que cette maison n’est plus la mienne
Que la vie qui m’appartenait m’avait été prêtée
Et que j’ai attendu ce jour pour la rendre.

Il n’y a pas plus de 1997 que de raisons de penser à elle.
L’envol est pris. Le temps peut reprendre son cours.

A la lettre

J'ai suivi Tes instructions,
j'ai évité toutes Mes restrictions
mais je n'ai pas su t'aimer.

Je me suis blessé pour être guéri,
j'ai fui pour être rattrapé
mais je n'ai pas su t'aimer.

Car l'amour n'a pas cette rigueur,
des frimas et des oraisons,
car j'aurais du m'abstenir.

J'ai parlé pour que l'on t'entende
J'ai brûlé pour que tu sois en paix
mais je n'ai pas su t'aimer.

Car l'amour n'a pas cette saveur,
des langues et des tractations
car j'aurais du m'abstenir.

samedi, septembre 17, 2011

Marteler

Marteler les oripeaux.
Frapper jusqu’au sang ce qui n’a pas de sens.
Laisser la vie se désincarner lentement.
Mais ce n’est pas vraiment une question d’apparence,
ce n’est pas ce que les yeux veulent voir qui est important ici.
Il faudrait plutôt oublier de regarder
et se garder de savoir.

Comme le sculpteur.
Triturer ce qui transparaît,
enfoncer les mains dans l’évidence la plus crue
et en ramener l’abstrait.
Ciseler l’incongru.
Il ne faut pas mentir à ses propres mains.

A travers la répétition formelle,
la même personne représentée tout au long d’une vie,
en finir et arriver à l’achèvement de ce qui s’apparente à un sujet.

Cette tragédie

Cette tragédie,
bien sûr que j’ai parfaitement su l’écrire,
seul.
Mais qu’il est dur,
qu’elle est ardue,
cette tâche,
d’y mettre un point final,
à deux.

Après tout

Après tout,
J’ai bien fait de ne pas frapper à ta porte.
J’aurais pu trébucher,
Glisser sur une marche
Et faire de cet instant solennel
Un délice à oublier à l’instant.
Toi et moi, ça n'existe pas.

Après tout,
il n'y a pas vraiment eu de rencontre.
Ce n'est pas toi sur cette photo
Il n’y a personne dans mes bras.
L'enfant ne s'appelle pas Daniel,
les regards attendris se tournent vers le vide.
Toi et moi, ça n'existe pas.

Après tout,
Ce voyage n’a pas eu lieu.
J’ai du l’imaginer comme tant d’autres choses
Dont je ne me souviens plus aujourd’hui.
La porte de cet appartement à Saint Etienne
Ne porte pas le nom de Romero.
Toi et moi, ça n’existe pas.

Ce serait de la folie que d’affirmer le contraire.

dimanche, juillet 17, 2011

Et pourtant (16 juillet 2011)

Et pourtant, je ne voulais pas de marionnettes.
Pas d’actes prémédités
conduisant à une mairie,
Un jour de juillet pluvieux
ou n’importe quel jour de ma vie à venir.

Je croyais être un bloc,
Un ciment à l’épreuve de l’émotion la plus pure.
Un monstre d'égoisme
Mais certainement pas un être aussi humain, au final.

Ce n’est pas Aurore qui m’a vaincu.
C’est l’amour dans ses yeux.
Sa malice et ses trucs de jeune sorcière.
Et un jour, le Roi a abdiqué.

Et pourtant, la défaite s’est vite transformée,
En lendemain de victoire,
En rêve de famille ressuscitée.

Et aujourd’hui, je pense que j’ai eu raison de me marier.

jeudi, juillet 14, 2011

Un tunnel

Un tunnel apparemment obscur et profond.
Elle s’avance quand même dans ce qu’elle suppose être une ligne droite
Qui pourtant prend parfois l’apparence d’une courbe divergente.
Pas un bruit, pas un écho. Pas une voix pour lui rappeler qui elle était.

Le son est loin derrière elle.

A certains endroits, elle devine que les parois du tunnel se rapprochent d’elle comme pour l’étouffer. A d’autres endroits, elle ne saurait plus dire si elle est encore dans le tunnel ou à l’air libre. Ou bien encore, si en fait elle n’a pas passé toute sa vie errant dans cette rue sans vie.
Peu à peu l’obscurité régnante devient synonyme de liberté.

Les ouvriers de l’usine à chansons ont bien travaillé. Il est grand temps de diffuser ce disque de grand bruit blanc, de sons anciens parfaitement contrôlés. Pas une rature sur la partition. Pas une seule anicroche dans la voix.

Voici venir le temps de l’émotion à rebours.

Lisse

Lisse. Stupéfait par ce qui lui arrive.
Si élastique. Presque soupçonneux.
La peur peut être.
Cette chair. Qui ne se refuse pas.

Il pense trop, réfléchit en pure perte. Les poumons encrassés, il se retient pourtant de tousser. Peur de troubler un instant lisse et élastique. Il ravale donc sa salive et déglutit lentement. Pas de quoi faire le fier. Pour un peu il serait même ému par ce qu’il contemple. Doucement, sans se presser, pas à pas, avec d’infinies précautions qui n’en finissent pas, il se rapproche et sans s’en rendre vraiment compte, il franchit le seuil de l’interdit.

D’où lui vient ce désir ? Est-ce que quelqu’un le sait ? Qu’il parle avant qu’il ne soit trop tard.

Mais il est déjà trop tard.

La dernière chose qu’elle entend ce sont ses chaussures à lui qui frappent durement le sol alors qu’il s’allonge tout contre elle.

« Nous sommes embarqués ». C’est si bien dit qu’il y croirait presque.

Le repos d’un païen

Il faut d’abord bien s’imprégner d’une vérité fondamentale.
Rien n’est prédisposé à perdurer.

Tout a changé.

D’un jour à l’autre, il ne reste presque plus rien.
Même la pluie ralentit lorsque nous nous mettons à courir.
A la recherche de quelques signes de vie
mais c’est la chaleur qui préfère s’endormir
le long d’une file de voitures abandonnées
qui nous reçoit.

Rien n’a changé.

Le dimanche d’un païen,
un monde où tout a changé.
Car en vérité, c’est bien là le début
de quelque chose qui ne durera pas,
auquel nous assistons.

Tout a changé.

Le dimanche d’un païen,
monde où rien n’a changé.
Car tout a changé.
Un monde où l’affirmation vacille
avant de devenir négation.

Rien n’a changé.

C’est la peur
de ce qui est advenu,
du lac de feu qui nous rattrape.
Tout ce que nous sommes
s’élevant à travers les nuages.

Tout a changé.

Et dans la peur, l’amour.
Et dans l’amour, la fuite.
La fuite dans la peur.

Rien n’a changé.

D'après une chanson de David Bowie

Elle

ELLE

Elle est entière, terrible et fragile. C’est la nuit. Dans sa bouche, depuis si longtemps le compte à rebours, lent et implacable, qui conduit au plaisir.
Au réveil, elle est presque surprise, qu’en fin de compte, le cauchemar ne soit pas réel.
Elle a pourtant mal, vraiment mal mais elle est vivante.
C’est ainsi que cela devait être.
Elle est là. Il n’y est pour rien. Quel idiot. Elle aurait été là de toute façon. Sa présence à lui, encore endormi, n’est qu’un accessoire de la vie qu’elle a emprunté.

Elle est morcelée, banale et forte. C’est le jour. Dans sa bouche surgit le compte à rebours, rapide et frivole, des premiers mots qui conduisent à l’ennui. Elle n’a jamais voulu de tout ça. Elle aurait aimé dépendre de lui, quitte à se suspendre à un piédestal. Elle aurait aimé dire « sans toi, je n’existerais pas ». Sa vie aurait été bénie par l’urgence d’exulter.

Tout et son contraire.

Elle imagine

J’imagine parfois très bien l’homme dont j’ai été amoureux, là, au téléphone. Le dos appuyé au mur. L’air absent, comme souvent. Les yeux comme une mer depuis longtemps asséchée. Une conversation au téléphone, pleine de silences divers. Entre autres, un silence blanc que l’on voudrait oblitérer et dont pourtant on ne peut se passer.

Des yeux, encore, mi clos, mi fermés, selon son humeur du jour, clos sur l’évidence qui commence à poindre, ouverts sur le déni de nombreuses années passées ensemble.

Des années de bonheur, il me semble.
Je ne saurais dire avec exactitude aujourd’hui.
Je ne peux quand même pas me tromper à ce point là.

Dans l’oubli de mon corps

Cela pourrait tout aussi bien être le souvenir d’un corps d’une femme, ou d’une autre. Cela pourrait être l’oubli de ce qui a été, le rappel de ce qui n’aura plus lieu. Au choix. Tout entier dans le souvenir d’une femme non pas par le jeu du hasard mais par ce qui avait été convenu dès la première minute bien que l’on a trop souvent tendance à croire que cela ne nous concerne pas, que cette règle s’applique à d’autre que soi et qu’on sera celle qui, comme par un enchantement à peine concevable, réussira à nous ramener d’où on n’aurait jamais du s’échapper ; une chambre aux milles portes. Une chambre pleine d’un homme absolument vide qui retient encore le souvenir d’un corps et de tout ce qu’il a pu lui suggérer. Mais là aussi, tout ce qu’il arrive à convoquer c’est se souvenir de lui-même, à travers ce visage, la froideur du sourire, de son sourire. L’image se mord la queue, dans l’oubli de son corps, il ne se souvient que de lui-même en train de se souvenir de quelque chose dont il ne se souvient pas.

Pourtant si loin de tout ce qui lui était familier, malgré la couche partagée tant de fois, il ne parvient à se rappeler que de son visage à lui dans le miroir et son corps à elle dans un arrière plan, forcément flou. Et plus il tente de se rappeler de ce corps, plus il se persuade qu’il n’a jamais existé, que ce n’est que sans lui que ce corps peut prendre forme. Et finalement, il rouvre les yeux comme un chat s’étirerait, il laisse le souvenir lui échapper, au plus loin de lui-même et sans autre forme de procès, c’est fini.

d’après Jules Supervielle